Les 100 de 2021 | Ryōko Sekiguchi : « J’aimerais que la restauration en France continue à être libre, ouverte, dynamique dans les dialogues comme elle a toujours su l’être »

Dans le cadre du palmarès Food’s Who « Les 100 qui vont faire l’année 2021 » (à lire sur le site du Food’s Who), Atabula a demandé à ces 100 personnalités de répondre à 21 questions pour mieux comprendre les enjeux de cette nouvelle année, les espoirs, les craintes et les envies à venir. Chacun a répondu à sa façon, avec ses mots et son ton.


Écrivaine, poétesse, traductrice, Ryōko Sekiguchi est tout cela et bien plus. À l’instar du sublime Nagori, ses livres portent sur l’univers culinaire un regard cultivé, intelligent. Avec des mots simples, elle donne de la hauteur à la cuisine dans toutes ses dimensions. Elle a répondu à notre questionnaire avec, forcément, intelligence et humour.


État d’esprit


Comment abordez-vous d’un point de vue professionnel cette année 2021 ? 
Personnellement, rien ne change. Je suis freelance et n’ai pas un grand train de vie, je sais ce que je veux, tout comme le luxe dont je peux me passer. Je me suis toujours farouchement concentrée sur l’essentiel : écrire.

Quelle est votre plus grande crainte pour 2021 ?
La fermeture des théâtres, salles de concert, musées et restaurants.

Quel est votre plus grand espoir pour 2021 ?
« Grand espoir » est un trop grand mot, je crois. Je parlerais plutôt de « petit souhait » : j’aimerais, si possible, que les gens continuent de voir l’importance des relations humaines, de les considérer comme quelque chose d’essentiel.

Quel est votre plus grand défi pour 2021 ?
La sortie de mon nouveau livre « 961heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent) » chez POL en avril. Parce que c’est la première fois que j’écris sur un sujet dont je ne suis pas spécialiste. 

Estimez-vous que la restauration française s’en sortira mieux que ses voisines européennes en 2021 ?
Oui !


À table


Quels sont les restaurants dans lesquels vous rêvez d’aller cette année en France ?
Je suis prête à aller tous les jours au restaurant. Cela ne me dérange pas si je ne mange pas une seule fois chez moi. J’ai une énorme envie de cuisine préparée par les autres.

Dans quel(s) pays avez-vous envie d’aller pour découvrir sa gastronomie (hors France) ?
J’aimerais bien retourner à Taiwan, en Iran et au Cambodge. Sinon, s’il s’agit de découverte, l’Argentine et la Colombie.

Quels sont les produits et plats que vous avez le plus envie de découvrir ou redécouvrir ?
Les thés fermentés et les produits de la mer (car on pourrait bientôt ne plus pouvoir en manger du tout).


Regardons demain


2021, « année de la gastronomie française » selon Jean Castex. Qu’aimeriez-vous voir émerger comme projets ?
Je ne vous raconte pas combien, dans ma vie, je suis athée sur à peu près tout…

Jean Castex a annoncé la nomination d’une personne pour mener à bien ce projet “d’année de la gastronomie française” . Quelle est selon vous la personne idéale pour une telle mission ?
Je vais exercer mon droit d’être une « étrangère qui ne connaît rien de la France » pour ne pas répondre à cette question. Vous savez quoi ? Cette question, qui pour moi n’a aucune importance, ne m’intéresse pas assez pour m’y arrêter une seule seconde.

Quels sont vos projets professionnels pour 2021 ?
Comme je l’ai dit plus tôt, « 961 heures à Beyrouth (et 321plats qui les accompagnent) » sort chez POL. Deux livres de traduction de littérature française en japonais seront également publiés en avril. Je vais être directrice d’une collection de littérature japonaise ayant pour thème la nourriture, « Le banquet » chez Picquier, à partir d’avril. J’ai aussi beaucoup d’articles dans des revues japonaises et françaises (sur la gastronomie, la littérature et l’art contemporain) de prévus…

Pour vous, l’année 2021 sera une réussite si…
J’arrive à aller manger un bol de nouilles bien grasses dans le quartier des intouchables du sud du Japon.

Pour vous, l’année 2021 sera un échec si…
Je tombe malade.

Selon vous, globalement, quels sont les grands enjeux pour le monde de la restauration en 2021 ?
Rester solidaires. Rester connectés.

Selon vous, quelles sont les grandes tendances dans le monde de la restauration qui pourraient s’imposer en 2021 en France ?
Je ne regarde jamais dans une boule de cristal. J’aimerais simplement (donc ce ne sont pas « de grandes tendances », mais mon humble souhait) que la restauration en France continue à être libre, ouverte, dynamique dans les dialogues comme elle a toujours su l’être.


Dans un monde idéal…


À quoi ressemble votre restaurant idéal ?
Un restaurant où je rêverai de retourner au seuil de la mort.

Si vous pouviez inviter qui vous voulez pour un dîner, quel serait votre plan de table idéal ?
Idéal je ne sais pas, mais « de rêve », oui, j’aimerais bien me faire inviter à la table d’Alexandre Dumas. Je sais pertinemment que je suis « retardataire » dans le milieu de la gastronomie française et je ne connaîtrai plus jamais une certaine gastronomie comme a connu ma compatriote Chihiro Masui. Alors, si on rêve d’une table idéale, autant rêver la totale, non ?

Quelles sont les tables qui méritent selon vous de gagner trois étoiles Michelin en ce début d’année 2021 ?
Les restaurants de chefs talentueux, mais qui, surtout « aspirent » à décrocher la triple étoile. Car je ne sais pas si tout le monde rêve de ça…

Quelle est la question « idéale » que nous aurions dû vous poser ?
Je dois avouer que je déteste les questionnaires au-delà de tout, et les lire aussi : même les gens intelligents sont souvent médiocres dans ce type d’exercice qui nous rend banals. Pardon pour cette réponse.



À lire | Lien vers tous les entretiens « Les 100 de 2021 »

Lien | Lien vers le palmarès des 100

Atabula 2020 - contact@atabula.com
Haut de page