Hélène Reglain, maraîchère : « Je vais sélectionner encore davantage les chefs avec qui je collabore, afin de tisser des relations de confiance »

Covid, confinement, crise… et demain ? Le 17 mars 2020, la France se confinait. Un an après, les Français vivent encore au rythme du confinement et du couvre-feu, les restaurants, non essentiels comme tant d’autres secteurs d’activité, sont toujours fermés et la pandémie n’a toujours pas dit son dernier mot. Si l’usage de l’expression du « monde d’après » s’est évanoui au fil des mois, il n’en demeure pas moins que le rêve d’un monde différent, plus responsable, plus éthique, plus respectueux, ne s’est pas totalement évanoui. Atabula a questionné des acteurs du monde de la restauration et de l’alimentation pour recueillir leur témoignage sur ce que cette crise pourrait changer. Premier regard, celui de la maraîchère Hélène Reglain, posée à la Ferme d’Artaud, en Loire-Atlantique.


Atabula | Estimez-vous que votre activité professionnelle va profondément changer avec cette crise ?
Hélène Reglain | Je pense qu’il n’y aura pas de modification profonde, si ce n’est que je vais sélectionner encore davantage les chefs avec qui je collabore, afin de tisser des relations de confiance. Cela a toujours été primordial à mes yeux et la période actuelle ne fait que me conforter dans cette direction. Par ailleurs, il me paraît désormais important d’équilibrer davantage le ratio entre les chefs, qui dominaient jusqu’alors dans ma clientèle, et les particuliers. Quoi qu’il en soit, je continuerai ma quête de goûts en collaborant avec les chefs et en allant toujours plus loin dans le produit, parce que c’est ce qui me passionne.

Pensez-vous que le « monde d’après » sera différent du « monde d’avant » ?
J’ai plutôt l’impression que les gens se sont encore refermés sur eux-mêmes. Lors du premier confinement, de nombreux particuliers sont venus de loin pour récupérer des paniers. Nous pensions assister à une prise de conscience. En réalité, ils profitaient surtout de notre statut de « commerce essentiel » pour faire un tour à la campagne. Dès que le confinement a été levé, nous ne les avons jamais revus et les ventes ont chuté. C’était une grosse déception. Avec le couvre-feu à 18 heures, le consommateur va désormais au plus près et au plus pratique, ce qui fait souvent les affaires des supermarchés.
Il me semble que les gens ne font pas attention à ce qui les entourent et restent centrés sur eux-mêmes, comme anesthésiés par la lourdeur du contexte. Ils se plaignent d’être confinés alors que des lois bien plus liberticides sont votées. Je pense à cette volonté de remettre en cause l’instruction à domicile (dans le cadre du projet de loi « séparatisme », ndlr), en l’associant à la question du séparatisme, ce qui n’a pourtant rien à voir. Quant aux producteurs, j’ai vraiment l’impression que le gouvernement nous a lâchés. L’accès aux 1 500 € de fonds de solidarité n’est valable que pour ceux qui ont connu une baisse d’au moins 50% de chiffre d’affaires. Or, il m’est arrivé d’être à 45% et de ne rien toucher du tout. Par ailleurs, on perd chaque mois une valeur bien supérieure à cette somme. Là, je dois acheter mes graines et faire mes semis pour commencer la saison, alors même que je n’ai aucune certitude quant à la reprise.

À titre personnel, sur votre activité professionnelle, vos envies et vos projets ont-ils changé ?
La crise actuelle me conforte dans ma volonté de faire des produits qui ont une valeur gustative ajoutée. D’abord parce que quand un produit est bon, les gens viennent. Ensuite parce qu’il faut tendre vers un modèle plus vertueux, et renouer avec des valeurs de simplicité. Avec mon père, nous aimerions aussi créer à la ferme un lieu mêlant culture de la terre et culture de l’esprit.


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Pratique | Lien vers le site de la Ferme d’Artaud

Photographie | DR

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