Gilles Fumey, chercheur en géographie culturelle : « C’est une fiction de penser que demain ressemblera à hier »

Covid, confinement, crise… et demain ? Le 17 mars 2020, la France se confinait. Un an après, les Français vivent encore au rythme du confinement et du couvre-feu, les restaurants, non essentiels comme tant d’autres secteurs d’activité, sont toujours fermés et la pandémie n’a toujours pas dit son dernier mot. Si l’usage de l’expression du « monde d’après » s’est évanoui au fil des mois, il n’en demeure pas moins que le rêve d’un monde différent, plus responsable, plus éthique, plus respectueux, ne s’est pas totalement évanoui. Atabula a questionné des acteurs du monde de la restauration et de l’alimentation pour recueillir leur témoignage sur ce que cette crise pourrait changer. Nouveau regard, celui du professeur et chercheur en géographie culturelle Gilles Fumey.


AtabulaEstimez-vous que votre activité professionnelle va profondément changer avec cette crise ?
Gilles Fumey | Forcément ! L’enseignement supérieur à distance va gagner du terrain, quoi qu’on en dise. Jusqu’à quel niveau ? Nul ne le sait vraiment, si ce n’est que cela dépendra des établissements, mais aussi des étudiants qui ont des postures variables sur le téléenseignement. Pour la recherche, en revanche, rien ne va changer en dehors de quelques réunions à distance. L’émulation entre chercheurs implique enquêtes, séminaires, colloques, rencontres toujours nécessaires.

Pensez-vous que le « monde d’après » sera différent du « monde d’avant » ?
C’est une fiction de penser que demain ressemblera à hier. Tout sera revu, comme tout l’a été avec la crise de 1973 ou la Seconde Guerre mondiale pour s’en tenir à des ruptures fortes. Sans oublier les technologies de rupture comme le fut le smartphone il y a vingt ans. Là, la majorité des restaurants qui sont en faillite ne se relèveront pas. Et ceux qui pourront continuer leurs activités vont devoir changer de modèle, quelque chose de mixte incluant outre le click and collect une part d’épicerie vendue sur place comme c’est le cas en Italie.

La nomadisation des repas devrait s’accroître, les menus seront différents car adaptés en partie aux contraintes des livraisons comme le fut l’abandon du service à la française au milieu du XIXe siècle pour le service à la russe. Les distributeurs vont rafler une partie des livraisons après avoir fait main basse sur le bio, mais là, rien n’est encore gagné pour eux car leur image dans une part croissante de la population jeune est détestable. On peut voir accélérer les règlements sur le sucre et les additifs qui vont changer une partie de l’alimentation industrielle. Désormais qu’on sait chiffrer les impacts du diabète, les pouvoirs publics préparent des campagnes d’information (et de coercition) comme ce fut le cas pour le tabac. Honnêtement, dans une génération, le monde aura changé son braquet !


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PratiqueLien vers la fiche Food’s Who de Gilles Fumey

Photographie | Philippe Pennec

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