Repas clandestins : Le Meurice dans la polémique, mais de nombreux restaurants visés

Après l’affaire Chalençon-Leroy au Palais Vivienne, la polémique liée aux dîners clandestins pourrait prendre de l’ampleur après les révélations d’un déjeuner « illégal » consommé dans le célèbre palace de la rue de Rivoli, Le Meurice. D’autres restaurants sont concernés et ont déjà été sanctionnés.


Ce n’est pas un membre du gouvernement mais une sénatrice qui a reconnu avoir déjeuné au Meurice, palace parisien appartenant au groupe Dorchester (qui comprend également à Paris le Plaza Athénée). Dans une vidéo diffusée par Médiapart, complétée par un long article, Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice Les Républicains (LR) reconnaît qu’elle sort d’un déjeuner pris dans l’hôtel de la rue de Rivoli qui comprend deux restaurants distincts, dont une table doublement étoilée dans lequel officie le chef Amaury Bouhours, sous les ordres d’Alain Ducasse. 

Comme elle l’explique à Médiapart, la sénatrice reconnaît avoir déjeuné dans le cadre d’un « rendez-vous professionnel » et, à l’instar de l’ancien ministre Brice Hortefeux qui mangeait il y a peu avec le journaliste Alain Duhamel, avoue également ne pas savoir qu’un tel repas, pris dans un salon de l’hôtel est illégal. Cela prête à sourire puisque la même sénatrice précise qu’il n’est plus possible de recevoir qui que ce soit au restaurant du Sénat… Quant à la direction de la communication du groupe Dorchester, elle a fait le choix d’avancer le « secret professionnel » pour ne pas commenter la situation. Officiellement bien sûr, il suffit de parcourir les outils de communication de l’hôtel, communiqués de presse ou site Internet, pour lire que « Le Meurice n’organise aucun déjeuner dans les salons de l’hôtel, qui restent, tout comme les restaurants, fermés à l’accueil de la clientèle. »

Malheureusement, entre les mots et les faits, il y a un décalage réel et conséquent. Car si de nombreux restaurateurs critiquent ouvertement celles et ceux qui pratiquent de tels repas, il y a, selon nos informations et de par ce que nous avons pu constater sur le terrain, de très nombreux restaurants qui continuent d’organiser en toute illégalité des repas. Toujours selon nos informations, le restaurant Marchon (Paris, 11e arr.) aurait ainsi été rattrapé par la patrouille et ferait l’objet d’une fermeture administrative, tout comme Le Pergolèse (Paris 16e arr.). À Lille, Lyon ou Marseille, et dans bien d’autres villes françaises, de multiples restaurateurs enchaînent les repas clandestins. Sous couvert d’anonymat, un chef étoilé en province avouait à Atabula qu’il continuait encore aujourd’hui à organiser des repas chaque jour dans son restaurant et que sa plus grande crainte « est de se faire dénoncer par des confrères auprès des autorités alors… qu’ils font la même chose ». Phénomène généralisé ou très minoritaire ? Pour Laurent Fréchet, du syndicat GNI, il faut vraiment relativiser : « Sur les 7 500 contrôles réalisés par la préfecture de Paris, il n’y a eu que 300 verbalisations. C’est toujours trop mais ça fait plus de 95% des restaurants, parmi les quelque 30% qui sont ouverts pour des activités de livraison ou de vente à emporter, qui respectent la fermeture administrative. »

Depuis quelques jours, les médias se sont emparés du sujet suite au scandale du Palais Vivienne et la supposée participation de ministres. D’autres actualités récentes montrent que ce ne sont pas forcément des « grands » restaurants qui pratiquent de tels repas, ni même que cela soit réservé à la clientèle des beaux quartiers. Reste que de tels agissements abîment la réputation du restaurateur. « On ne défendra jamais de tels agissements qui sont illégaux et qui nuisent à l’image de toute une profession » avance Jean Terlon, vice-président de la branche restauration de l’UMIH. Qui rappelle également, non sans une pointe d’ironie, les mots d’un ancien ministre de l’Économie sur le fait que tout le monde peut être restaurateur ; propos tenus lorsque les syndicats se battaient avant la pandémie contre les « restaurants clandestins », autrement dit dans des appartements privés. Le ministre, qui ne voyait pas d’un mauvais œil ces repas dans des lieux privés sans la moindre règlementation, s’appelait… Emmanuel Macron. 

À quand les prochains scandales ? Plusieurs médias travaillent actuellement sur le sujet des repas clandestins et il est fort probable que de nouveaux (grands) noms sortent dans la presse prochainement. Vivement la reprise, courant mai, pour que manger au restaurant  redevienne une « activité » légale. Pour les clients et pour les restaurateurs. 


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