Fact-checking | Non, le restaurant étoilé le moins cher du monde n’est pas français

Parmi ses 638 adresses étoilées, la France compterait le restaurant du guide Michelin proposant le menu le moins cher du monde selon un classement lancé par le site américain Top Dollar. Un palmarès en apparence totalement objectif, mais qui, outre une erreur grossière pour sa première place, se base également sur des critères absurdes. Décryptage.


« Le restaurant le moins cher du monde est français ! » peut-on lire dans les médias depuis quelques jours. De quoi nous ravir, chauvins gastronomes français, de coiffer au poteau les autres nations gastronomiques que sont l’Italie, le Japon ou encore Hong Kong et Singapour, réputées pour leur cuisine de rue. Pourtant, cette information lancée par le classement de Top Dollar est erronée. Alors que le site distingue l’Hostellerie La Montagne à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne) pour son menu à 20€, il s’avère que ce menu est celui du bistrot non étoilé (il dispose tout de même d’une assiette dans le guide rouge) de l’hôtel-restaurant. À la table du chef Jean-Baptiste Natali, on retrouve toutefois un menu du marché en trois temps à 25€ (soit 30,01$), ce qui le place à la troisième position, derrière le restaurant Edvard en Autriche et Borkonyha Winekitchen en Hongrie. 

Un classement basé sur le modèle occidental 

Second hic dans ce classement sobrement nommé « The cheapest Michelin Meals in the World » : son caractère occidentalo-centré, avec pour seul critère de dénicher un menu « traditionnel » en trois étapes – entrée, plat et dessert -, formule quasiment inexistante dans les cuisines asiatiques. En imposant ce critère, le classement passe par exemple outre Jay Fai, l’échoppe étoilée de street food thaïlandaise installée à Bangkok et ses plats à 13€ ou encore les nouilles de sarrasin à moins de 10€ de l’enseigne Soba Takama à Osaka. Ainsi, la sélection ne peut donc récompenser que des restaurants proposant une cuisine aux bases françaises, allant même jusqu’à nommer le « Lugdunum Bouchon Lyonnais » et son menu à 55€ comme table étoilée la plus accessible du Japon. Une récompense absurde dans un pays où les étoilés accessibles et pensés pour le mono-produit font florès. À vouloir classer l’inclassable, les palmarès s’en mordent les doigts, et perdent ainsi tout leur sens. 


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Photographie | © Site internet du restaurant Sevin

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