Réouverture des restaurants : un calendrier sans cohérence sanitaire et sans logique politique

Dans les innombrables définitions possibles de la politique, nous pourrions retenir aujourd’hui celle qui repose sur l’idée qu’elle est un art de l’équilibre, de l’entre-deux. Autrement dit de la prudence. En énonçant le calendrier de la levée des restrictions pour les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, le premier ministre Jean Castex a certes fait preuve de prévoyance, mais, surtout, d’une incapacité à prendre des décisions pleinement cohérentes. 

Le 19 mai, les terrasses des cafés et des restaurants pourront rouvrir à 50% de leur capacité d’accueil. Les optimistes regarderont la terrasse à moitié pleine, les pessimistes l’autre moitié. Quant aux pragmatiques, ils se demanderont pourquoi on ne parle plus de règles de distanciation entre les tables. Cela ne serait-il pas plus simple ? Ainsi, chaque professionnel pourrait définir, en fonction de sa configuration singulière, sa capacité d’accueil en temps de Covid-19. Ce chiffre arbitraire de 50% a l’apparence de la justice et de l’équilibre, mais il n’en est rien. Et comment comprendre la différence de traitement entre les terrasses des restaurants d’hôtels, qui peuvent ouvrir totalement, et celles qui ne sont pas adossées à un hôtel ? Sauf erreur d’interprétation, ces terrasses d’hôtels sont en plus accessibles à tous les clients, sans savoir si le client dort sur place ou pas ; cette distinction ne concernant que la restauration en salle intérieure, réservée aux résidents. Donc, selon le gouvernement, la seule présence d’un hôtel ferait peur au méchant virus ? 

Quelle est la cohérence sanitaire et la logique politique de ces décisions ? Difficile à trouver. Ces décisions risquent surtout de repousser encore et encore l’ouverture de nombreux restaurants qui vont préférer attendre le plus longtemps possible, histoire de pouvoir reprendre leur activité le plus normalement possible. Paradoxalement, c’est en donnant un calendrier précis de réouverture que le gouvernement pousse une partie du monde de la restauration à repousser encore un peu plus la reprise de l’activité. Par prudence et par souci d’équilibre. Un choix stratégique donc, mais aussi politique.


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Photographie | DR

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