Violences en cuisine : premier procès d’un chef accusé de viols devant une cour d’assises

La cour d’assises de Nanterre (Hauts-de-Seine) accueillera, à partir du lundi 28 juin, le premier procès d’un chef accusé de viols et d’agressions sexuelles. L’avocate de la partie civile espère qu’il permettra de lever les tabous qui continuent de régner encore largement dans les cuisines hexagonales. 


C’est le tout premier et, à ce titre-là, il revêt une importance particulière. Il pourrait constituer un tournant important dans la libération de la parole et briser l’omerta qui règne encore dans le monde des cuisines. Lundi 28 juin, à partir de 14h, débutera le procès en cour d’assises de l’ancien chef de La Boutarde, restaurant bistronomique situé à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Mohammed Hamdaoui est précisément accusé par trois victimes de « viols commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction » et « d’agressions sexuelles par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction ». Depuis près de deux années, le chef, qui conteste l’intégralité des faits, est en détention provisoire et ses demandes de liberté n’ont jamais abouti. Les débats sont prévus pour une semaine, soit cinq jours d’audience. « Cinq jours, cela montre que la cour a conscience de la gravité des faits reprochés, et qu’elle voudra peut-être faire de ce procès un exemple afin de libérer plus largement la parole des victimes » avance l’avocate Sandrine Pégand qui défend l’une des plaignantes, Olivia G.

Mains aux fesses, baisers forcés, lingerie fine et viols 

Rachetée à Michel Rostang en 2012, cette table est depuis la propriété de Jean-Jacques Rodier, ex-pubard et homme de média. Dès 2014, ce dernier a été informé par les parents d’Olivia G. – jeune apprentie à l’École de Paris des Métiers de la Table (EPMT) – qu’il y avait des soupçons importants concernant l’attitude de son chef. Selon les procès-verbaux, Jean-Jacques Rodier se serait contenté de sermonner Mohammed Hamdaoui. Des faits de viols et d’agressions sexuelles auraient eu de nouveau lieu en 2016 puis en 2018 dans une salle dédiée au repos pendant la coupure. Sur des matelas, coincés entre des caisses diverses et non recouverts de draps, le chef auraient violé et agressé sexuellement à plusieurs reprises ses jeunes employées, âgées de 18 à 21 ans. Pendant le service, les mains aux fesses auraient été récurrentes, tout comme des baisers forcés dans la chambre froide. Il aurait également offert de la lingerie fine à certaines d’entre elles.

À lireFerrandi, Ferrières… Violences en cuisine : comment les écoles agissent ?

En 2019, après un premier dépôt de plainte, le patron est alors entendu par la police. Il explique ne pas vouloir licencier son chef « car il a permis à La Boutarde d’entrer dans la sélection du guide Michelin en 2016 ». « Il faut aujourd’hui que la parole se libère. Les trois victimes qui ont porté plainte contre ce chef assurent qu’elles ont longtemps eu peur que cette action judiciaire les empêche de pouvoir retravailler dans cet univers de la restauration, tant la peur du blacklistage est fort. Ce sentiment de peur et de culpabilité doit désormais être inversé : c’est à celui qui viole et qui agresse d’avoir peur désormais » assure Maître Sandrine Pégand. Mohammed Hamdaoui encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. Verdict en fin de semaine prochaine.


Sur le même sujet | Lien vers tous nos sujets « Violences en cuisine »

Photographie | Tingey Injury Law Firm, Unsplash

Atabula 2020 - contact@atabula.com
Haut de page