La critique culinaire doit (re)vivre

Depuis de longues années, la critique culinaire vivote. Indolore ou presque, elle s’écrit dans un magnifique entre-soi incestueux, dans lequel le plumitif se place en docile débiteur du chef et de son attachée de presse. Ne froisser ni l’un ni l’autre constituait un objectif de première nécessité. Désormais, sortie de pandémie oblige, toute critique négative vaudrait casus belli. Pire (ou mieux selon certains), l’arme de destruction massive de la cancel culture ne tarderait pas à rentrer en action : journaliste discrédité, déshabillé de ses invitations quotidiennes, ostracisé par ses confrères voraces… Forcément, dans un tel climat totalement déréglé, il ne fait pas bon d’ouvrir son bec. 

Dans un tel contexte, là où la presse meurt de disette, le champ de la communication fait ses choux gras. Pourquoi écrire, creuser, mettre en relief, argumenter, bref critiquer, quand il suffit de poster une photo pour soi-disant créer un discours, susciter une envie, voire entrainer des réservations ? Pour un journaliste un peu compétent, combien d’aimables ‘communicants’ prêts à se faire flasher en suçant un bel os à moelle pour se faire une place à la table des influenceurs d’un jour ? Plus jeunes, plus habiles, plus réactifs, plus pervers également (quoique), ces derniers s’imposeront toujours face à des journalistes qui se trompent de cour de récréation. 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les chefs en veulent de ces mots parfois acerbes et acides, tant que ceux-ci les aident à avancer et à construire leur univers culinaire. La critique, même raide, n’est pas l’ennemie du chef, elle est au contraire sa plus fidèle conseillère à partir du moment où le journaliste dispose d’un minimum de culture et d’expérience en la matière. Relancer et faire revivre la véritable critique culinaire, voilà un objectif fort que devrait se fixer la presse. Mais quelle presse ? D’un côté, les journaux professionnels ‘classiques’ en sont incapables. De l’autre, la presse grand public se contente d’attendre les invitations pour se déplacer entre rive gauche et rive droite. Oui, la critique culinaire doit (re)vivre mais, soyons francs, c’est pas gagné.


Sur le même sujetSous l’emprise de la com’, la critique culinaire s’essouffleLien vers les articles ‘Opinion’

Photographie | Atharva Lele, Unsplash

Atabula 2020 - contact@atabula.com
Haut de page