Le Chardenoux (Paris, 11e arr.)

L’avis d’Atabula | 2A | Cuisine anonyme pour chef star
La notation d’Atabula va de 5A à 1A ; les notations 5A et 4A correspondent à un coup de coeur : à un coup de gueule de 1A à 2A.


Le Chardenoux fait partie de ses tables autour desquelles on tourne pendant de longues années, avec l’envie d’y faire un tour, une affaire de curiosité, et, conjointement, la crainte d’être déçu, une affaire de flair.  Un cadre grand chic parisien qui attire facilement le touriste esbaudi, une signature, celle de Cyril Lignac, qui excite le chaland, et une ouverture sept sur sept qui vous assure le volume. Une carte bien dans l’air du temps, tournée vers la mer mais avec ses valeurs sûres et ses appellations refuges au cas où, et le tour semble joué. Emballé c’est pesé, le Chardenoux annihile les zones de risque et se la joue « comfort concept » pour ratisser large. 

Plafond du Chardenoux

Une stratégie sans nul doute gagnante côté quantitatif, mais hautement critiquable du côté de la qualité. Car, dans l’assiette, rien ne va plus. Si le carpaccio de bar tient correctement son rôle, ses acolytes ont soit un coup de chaud, soit un coup de froid. Un coup de mou assurément. La « Galette craquante, tourteau, curry madras, avocat » (25€) assure dans la catégorie des plats joliment instagrammables mais échoue lamentablement en bouche : le gras de l’avocat mange littéralement le tourteau et le curry emporte tout le reste, sans même parler de la température du plat, monté rapidement dans les degrés. Moins réjouissant encore le plat de « Poulpe émincé, vinaigrette jalapeno, radis, coriandre », dans lequel notre si cher et intelligent céphalopode est mort pour rien : il était coupé si fin que toutes idées de texture et de saveurs avaient disparu de l’assiette. Quant au « Tartare de thon, avocat, ponzu, condiment wasabi », sans même parler de sa ridicule quantité, il était frigorifié dans son petit contenant en verre enfoncé bien profond dans sa glace. 

Galette craquante, tourteau, curry madras, avocat

La curiosité a donc rapidement laissé place à la déception. Le Chardenoux se positionne comme toutes ces tables formatées de loin, qui dressent une carte en cochant les cases d’un cahier des charges faussement unanimiste, tout cela pour sustenter une clientèle appelée à se satisfaire d’un repas à la limite de la ligne de flottaison du plaisir culinaire. Et, forcément, parfois, ça coule à pic. 

Tartare de thon, avocat, ponzu, condiment wasabi

Date | Diner du 5 juillet 2021

Plats | Moules gratinées, beurre d’ail persillé ; 6 huitres Marennes d’Oléron, beurre fumé, citron ; Crevettes croustillantes, crème épicée, romaine sésame ; Tartare de thon, avocat, ponzu, condiment Wasabi ; Poule émincé, vinaigrette jalapeno, radis, coriandre ; Poke bowl, saumon mi-cuit, sésame, riz, mangue ; Volaille jaune des Landes, épices saté, citron ; Baba au rhum, chantilly vanille ; Pain perdu, framboises, glace pistache

Tarifs | Entrées de 10 à 25€ ; plats 20 à 28€ ; desserts de 10 à 12€

Le plus | Un joli cadre parisien ; un beau zinc où s’attabler et puis c’est tout.

Le moins | Une cuisine prétentieuse et anonyme, mal fagotée

Service | Impersonnel et débordé

Déco | Le grand charme parisien. On aime, ou pas.

Autre | En lisant la carte du Chardenoux, il y a immédiatement ce sentiment d’avoir une carte sans âme, sans vie. Comme un menu craché par un robot qui aurait analysé les tendances culinaires du moment et extrait les plats  « les plus recherchée sur Internet » et « les mieux notés ». Cela peut faire un bon business model, mais pas une bonne table. 

Pratique | 1 rue Jules Vallés, Paris 11e arr. | Ouvert tous les jours, au déjeuner et au diner | Lien vers le site du restaurant

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