Diptyque artistique : Nicolas Milhé et Aitor Zabala

Ce diptyque a été réalisé en partenariat avec Bernard Magrez, propriétaire de grands vignobles à travers le monde et à la tête de l’Institut Culturel Bernard Magrez.

À une époque où les chefs de cuisine sont devenus, pour certains d’entre eux, des forcenés de la créativité, voire des artistes culinaires à part entière, Atabula a souhaité rapprocher leurs créations et ainsi confronter visuellement les assiettes des chefs aux tableaux sculptures et photographies des artistes présents au sein de l’Institut Culturel Bernard Magrez.


Nicolas Milhé (né en 1976 en France), diplômé de l’École des Beaux-Arts de Bordeaux en 2001, est un spécialiste de la manipulation et du détournement. Poussant sans cesse le public à réfléchir aux nombreux sens des éléments qui l’entourent, l’artiste fonde ses recherches sur les lieux emblématiques du pouvoir, leurs organisations spatiales et leurs attributs symboliques. Retour à la nature fait référence aux moutons de la Pompadour aux cornes dorées qui avaient saccagé le jardin de l’Hôtel d’Évreux (Palais de l’Élysée) dans lequel la favorite logeait. Une sculpture aux caractéristiques esthétiques proches de la vache et son lait, gorgonzola, pommes, noisette, vanille et beurre noisette du chef Aitor Zabala.

Tous deux dressent le portrait d’un animal fermier empreint de réalisme, représentations qui ne laissent pourtant pas indifférentes. Alors que l’un dépeint une lubie de l’ornementation poussée à l’absurde grâce aux cornes dorées, élément pouvant décontenancer ou amuser celui qui admire l’œuvre, l’autre se plaît à élaborer l’image d’une vache laitière déposée au cœur d’une assiette. Une manière, là aussi, de provoquer tant l’esquisse d’un sourire que l’étonnement. Celui qui a fait ses classes au restaurant El Bulli (Espagne) bouleverse les codes de la gastronomie, médium qui se veut être par essence abstrait. Pour Aitor Zabala, pas question de s’inscrire dans la tradition, le chef intégrait plusieurs plats « figuratifs » (qui représentent la forme de quelque chose) au sein de la carte du Somni (Los Angeles), établissement fermé en 2019. Une manière là aussi de susciter la curiosité de celui qui s’apprête à déguster les créations insolites. Exit les poissons, viandes et garnitures traditionnelles. Chez le Catalan, des plats prenant la forme d’une fleur en pot ou encore d’une chèvre dressée sur ses quatre pattes figuraient au menu.

Leur point commun ne se résume néanmoins pas à cette volonté d’interpeller le regardeur. Si le chef Aitor Zabala ne s’inspire pas des symboliques du pouvoir, il puise cependant lui aussi son inspiration dans le passé. Au sein de Somni, qui signifie «rêve» en catalan, le chef élaborait, sous les yeux attentifs des clients, un menu dégustation de 25 plats basés sur la thématique de la mémoire. « À partir de mes propres souvenirs passés, je cherche à en créer de nouveaux », explique-t-il. Vache ou mouton, histoire ou mémoire, art ou gastronomie… Tous deux se plaisent à imaginer des œuvres malicieuses destinées à captiver celui ou celle qui y fait face.


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Photographie | Nicolas Milhé et Aitor Zabala

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