Quand l’alimentation durable côtoie le design, entretien avec Lucile Bataille, vice-présidente de la plateforme Socialdesign


Dans une volonté de faire communiquer art et alimentation durable, la plateforme engagée Socialdesign imagine une exposition virtuelle ayant pour thème « Donner goût ». À l’ère de la grande distribution et de l’industrialisation des systèmes alimentaires, les designers proposent des objets, des services, des comportements et des systèmes destinés à repenser nos responsabilités dans les méthodes de production, de préparation et de conservation des aliments. Rencontre.


Atabula | Que se cache-t-il derrière le terme de Socialdesign ? 

Lucile Bataille | Socialdesign existe depuis 2016, il s’agit d’une association qui regroupe des designers, des architectes, des graphistes, des gens du monde culturel, de l’économie sociale et solidaire. Notre mission ? Observer et rendre compte de projets de designers qui détiennent un lien avec la société. Nous réalisons des appels à publication afin de faire émerger les questions de design social autour de six grands thèmes : faire lien, fabriquer la ville, transmettre, donner goût, rendre durable et prendre soin. L’idée étant de repérer des projets de créateurs qui interrogent le monde dans lequel nous vivons.  

Dans quel projet s’inscrit l’exposition thématique « Donner goût » ? 

Habituellement, nous demandons aux designers de nous faire parvenir leurs projets, puis un comité se regroupe, effectue une sélection et imagine une thématique à partir des productions retenues. Cette fois-ci, nous avons décidé de créer un format inverse et de partir d’un thème. Donner goût est le premier. Ainsi, des commissaires spécialisés dans l’alimentation et le design sont allés à la recherche de créateurs pour ériger cette exposition virtuelle visible sur notre site internet. Les curators Chloé Bodart, Studio D-o-t-s, Giovanna Massoni, Camille Brachet, Clément Chabot, Marie-Haude Caraës, Emma Sfez et Oshin Siao Bhatt ont été choisis car leur regard et leur écriture sur le sujet sont pertinents.

Quels projets peut-on découvrir sur le site ?

Cette exposition est aussi l’occasion de faire appel à des gens qui ne sont pas designers, mais qui posent des questions en lien avec l’urbanisme. Dans son projet Au cœur du vivant, la commissaire Chloé Bodart présente, entre autres, l’association Drays Urbains qui pose un nouveau regard sur la ville en mettant en place une agriculture urbaine dynamique. Des bergers urbains, détenteurs de moutons, les font pâturer en ville. De son côté, dans Convivialité et low-tech, le commissaire Clément Chabot expose le projet d’une guinguette fonctionnant à l’énergie solaire. Des objets sont également présentés, tels que la série Tea Services d’Annalee Davis, élaborée à partir d’éclats de porcelaine provenant de services à thé et de vaisselles déterrés dans les champs environnants d’une ancienne plantation à la Barbade (Caraïbes). Un autre artiste s’est également associé à une fromagère afin de raconter l’histoire des colorants des fromages hollandais. Lier alimentation et design favorise la création de récits qui interrogent. La consommation de lichen ou de la mousse, notre rapport aux insectes, le retour de la convivialité, ou encore la culpabilité dans l’alimentation, sont d’autres thématiques abordées. Tant de thèmes plutôt courants, mais encore peu perceptibles dans le champ du design. Nous espérons, milieu de l’année prochaine, organiser une rencontre entre les artistes et commissaires au sein d’un repas imaginé avec les objets présentés. Le concept ? Voir du design et manger. 


Pratique
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