Manger et boire dans les transports : volte-face et abus gouvernemental

Pas facile de contenir le virus, pas toujours facile non plus de comprendre le gouvernement dans sa lutte contre la pandémie. Prenons l’interdiction de consommer des boissons et des aliments dans les trains et, plus largement, dans les transports collectifs. Celle-ci fut annoncée par le premier ministre le 27 décembre. Interdits donc la petite bouteille d’eau en plastique et le sandwich sous cellophane coincés dans son sac avant de monter dans son TGV ou son TER. Boissons et nourritures, objets d’un nouveau délit, la pilule ne pouvait que mal passer. Les réactions ne se sont pas faites attendre : le tollé fut général. Que manger soit dangereux pour la santé de celui qui ingurgite, soit, nous ne le savons que trop bien depuis l’émergence de l’industrie agroalimentaire, mais que cela soit dangereux pour son voisin…

Comme souvent en France, la politique se vit comme une valse à trois temps : l’annonce d’une décision politique, les réactions à l’annonce, l’adaptation de la décision au regard des réactions. Bingo, le décret du samedi 31 décembre oubliait de sanctionner la consommation à bord des trains, mais seulement « la vente et le service », autrement dit la simple fermeture des bars « situés en voiture 4 et 14 » comme nous le répète à l’envi la voix de la personne dédiée à la restauration embarquée.

Entre l’annonce du primus inter pares et le décret, il y avait donc un hiatus qui semait le trouble. Hier, le ministre délégué aux transports, Jean-Baptiste Djebbari, s’est fendu de quelques mots pour clarifier la situation : « Si vous avez un besoin impératif de boire ou de manger dans le train parce que vous êtes fragile ou simplement parce que vous avez ce besoin physiologique, vous pourrez retirer votre masque et boire (ou) manger rapidement et le remettre tout de suite après ». Et d’ajouter, sur une chaine de télévision de (des)information continue, « Ce qu’on veut éviter (…), c’est les phénomènes, qui sont marginaux mais qui existent, de la personne qui retire son masque en mangeant des chips pendant plusieurs minutes voire plusieurs heures. C’est ce genre d’abus-là que nous voulons éviter. »

Tout ça pour ça a-t-on envie de dire. Ne suffisait-il pas de déclarer, le plus simplement du monde, qu’il était bien évidemment possible de boire et de manger dans les transports collectifs, mais que tout abus pouvait être sanctionné ? Mais même là, se seraient posées deux questions évidentes : qui devait s’exprimer sur un tel sujet ? Le premier ministre dans les médias, loin de la réalité du terrain, ou les contrôleurs en voiture, au cas par cas, avec le juste discernement et en s’appuyant sur le contenu du décret ? Autre question : comment sanctionner d’une part la réalisation d’un besoin primaire et, d’autre part, comment définir réellement l’abus dudit besoin ? Comment deux ou trois contrôleurs peuvent décemment identifier un « abus » alors qu’ils circulent dans toute la rame pendant le voyage ?

Franchement, pour une situation que le gouvernement définit lui-même comme « marginale », celui-ci aurait mieux fait de se contenter d’annoncer la fermeture de la restauration embarquée. Personne ou presque ne se serait plaint de ne pas pouvoir ingurgiter un horrible sandwich, même siglé d’un « grand » chef, ou une insipide salade. Manger et boire oui, mais pas du « vendu à bord »: une décision de « bon sens » selon le ministre délégué aux transports ; là, au moins, il n’a pas tout faux.


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